Page:Rouquette - La Thébaïde en Amérique, 1852.djvu/101

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core, il en est d’autres, qui n’ont pas moins contribué à déterminer un très grand nombre d’âmes à fuir le monde et à chercher un lieu de repos et de consolation sur les montagnes et dans les déserts sauvages ; et ces motifs puissants, ces occasions et ces prétextes, (car la cause première est toujours une impulsion du Saint-Esprit) c’est l’envie, la calomnie, l’injustice, le dégoût, l’indignation ; c’est la crainte du succès, des applaudissements, de la réputation et des marques d’estime ; ce sont enfin les persécutions de tout genre que la malice nous suscite, et que Dieu permet pour nous désenchanter du monde et nous détacher de la terre.

Enfin le tempérament nerveux, devenu aujourd’hui si commun, rend la vie au milieu du monde plus difficile et plus dangereuse qu’autrefois ; et par conséquent la solitude plus attrayante et plus nécessaire.

« Ce tempérament, (nous dit Débreyne, dans son Précis de Physiologie humaine) qui est moins une constitution naturelle de l’organisme qu’un état factice et adventice, étend aujourd’hui immensément son empire, et s’enracine profondément dans l’espèce humaine, surtout depuis près d’un siècle, c’est-à-dire, depuis que tant de perturbations sociales et tant de bouleversemens politiques ont ébranlé et secoué violemment l’Europe, ou plutôt le monde entier. À cela ont peut ajouter une autre cause également puissante, l’extension démesurée d’un luxe effréné et d’une civilisation excessive qui jette l’homme le plus loin possible des sages lois de la nature. »

« La surexcitation du système nerveux, si générale depuis quelques années, doit en partie être attribuée aux émotions violentes que les femmes et les enfants vont chercher au théâtre. Ces émotions, qui deviennent de véritables besoins, contribuent, plus qu’on ne le croit, à affaiblir les constitutions, en même temps qu’elles favorisent le développement des passions, développement déjà si précoce par suite de l’irritabilité morbide qui tourmente notre société… La lecture des romans n’exerce pas une influence moins triste sur le développement des passions… Pour une centaine de romans véritablement moraux, qu’on trouverait à grand’peine dans toute notre littérature, il en est des milliers qui ne peuvent que fausser l’esprit et pervertir le cœur » (La Médecine des Passions, par Descuret, p. 68.)

« Il se trouve, nous dit l’abbé caractérisées par une sensibilité excessive Forichon, des constitutions de l’appareil nerveux, qui devient, pour ceux qui en sont affligées, la source d’une susceptibilité extrême ; toutes les impressions les troublent et les mettent hors d’eux-mêmes ; la plus légère contrariété les agace et les fait souffrir…

« On peut leur opposer les hommes à constitution réfractaire, qui se jouent avec les excès et ne sont accessibles à aucune impression ; elles passent sur eux comme un trait sur le roc. Quoiqu’il arrive à ces hommes, leur cœur, comme le balancier d’une pendule, bat toujours la même mesure, et leur estomac n’interrompt jamais sa digestion ; c’est la constitution des indifférents et des égoïstes par excellence. Cependant, si de tels nommes ont des talents et de la moralité, ils peuvent devenir très utiles dans les calamités publiques, ils y conservent toujours leur sang-froid, comme leur santé ; mais, quelle que soit leur intelligence, ils ne seront jamais orateurs touchants ; les douces émotions du sentiment n’échaufferont pas leur langage. Le besoin ineffable des affections n’a point de part dans leurs projets, dans leur plan de vie, et ce n’est jamais dans leur sein qu’un ami peut déposer ses larmes et soulager son cœur. » (Le Matérialisme et la Phrénologie, page 344.)

« C’est dans les climats chauds qu’il faut voir jusqu’où peut aller l’exquise sensibilité des organes, et par suite les désordres de l’innervation. »

« C’est quelquefois chez les êtres les plus faibles et les plus débiles en apparence, que le feu de la vie se montre avec le plus d’éclat : une sorte de fièvre intellectuelle semble les dévorer. » (Dubois d’Amiens.)

« Peu aptes aux travaux qui exigent une certaine dépense de force musculaire, ils éprouvent une fatigue excessive au moindre exercice ; mais, par compensation, le développement et l’activité de leur système nerveux coïncident avec beaucoup d’intelligence et une exquise