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LE GRAND SILENCE BLANC

Rien n’y fait. Pour me narguer, Tempest se couche sur le flanc. Je prends le fouet. Le fouet claque, je tire sur les courroies. Les chiens n’ont pas fait un pouce en avant…

— Vous n’allez pas me planter là, je suppose.

Alors, Tempest se dresse et, de ses pattes de devant, il fouille le sol et lance la neige à gauche et à droite.

— Tu veux te reposer ? Je sais, vous m’avez conduit d’un train peu ordinaire, mais le but n’est pas ici…

Pour toute réponse, Tempest gratte, gratte, gratte furieusement.

Découragé, je dételle le team. Aussitôt libres, les chiens font leur trou comme pour se coucher.

La neige est bientôt déblayée, l’ouverture assez large, les bêtes se tapissent.

Tempest a fait son trou plus vite que les autres, mais il est aussitôt ressorti.

Ses bons grands yeux me regardent et me disent :

— Comment, tu ne te couches pas aussi ?… Vite, vite, fais comme nous…

Il va vers son gîte, revient vers moi, et ne me quitte plus du regard.

Alors, pour faire comme lui, dans cette immensité où rien ne paraît, où rien ne vit, ayant rangé mon traîneau et sorti mes outils, je commence à construire un abri pour la nuit.

Hâtif, je façonne une hutte de neige, un igloo