Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/454

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l’amour de sa patrie c’est-à-dire des loix & de la libertés. Cet amour fait toute son existence ; il ne voit que la patrie il ne vit que pour elle ; si-tôt qu’il est seul, il est nul : si-tôt qu’il n’a plus de patrie, il n’est plus ; & s’il n’est pas mort, il est pis.

L’éducation nationale n’appartient qu’aux hommes libres ; il n’y a qu’eux qui aient une existence commune & qui soient vraiment liés par la loi. Un François, un Anglois, un Espagnol, un Italien, un Russe sont tous à-peu-près le même homme ; il sort du college déjà tout façonné pour la licence, c’est-à-dire pour la servitude. À vingt ans un Polonois ne doit pas être un autre homme ; il doit être un Polonois Je veux qu’en apprenant à lire il lise des choses de son pays, qu’à dix ans il en connoisse toutes les productions, à douze toutes les provinces tous les chemins toutes les villes, qu’à quinze il en sache toute l’histoire, à seize toutes les loix, qu’il n’y ait pas eu dans toute la Pologne une belle action ni un homme illustre dont il n’ait la mémoire & le cœur pleins, & dont il ne puisse rendre compte à l’instant. On peut juger par-là que ce ne sont pas les études ordinaires dirigées par des étrangers & des prêtres que je voudrois faire suivre aux enfans. La loi doit régler la matière l’ordre & la forme de leurs études. Ils ne doivent avoir pour instituteurs que des Polonois, tous mariés, s’il est possible, tous distingués par leurs mœurs par leur probité par leur bon sens par leurs lumieres, & tous destinés à des emplois, non plus importans ni plus honorables, car cela n’est pas possible, mais moins pénibles & plus éclatans, lorsqu’au bout d’un certain nombre d’années ils auront