Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/112

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je ne restai pas même affriandé de jolies femmes.

Cependant ses libéralités avoient un peu remonté mon petit équipage ; très-modestement toutefois & avec la précaution d’une femme prudente, qui regardoit plus à la propreté qu’à la parure & qui vouloit m’empêcher de souffrir & non pas me faire briller. Mon habit que j’avois apporté de Geneve étoit bon & portable encore ; elle y ajouta seulement un chapeau & quelque linge. Je n’avois point de manchettes ; elle ne voulut point m’en donner, quoique j’en eusse bonne envie. Elle se contenta de me mettre en état de me tenir propre & c’est un soin qu’il ne fallut pas me recommander, tant que je parus devant elle.

Peu de jours après ma catastrophe, mon hôtesse qui, comme j’ai dit, m’avoit pris en amitié, me dit qu’elle m’avoit peut-être trouvé une place & qu’une dame de condition vouloit me voir. À ce mot, je me crus tout de bon dans les hautes aventures, car j’en revenois toujours là. Celle-ci ne se trouva pas aussi brillante que je me l’étois figurée. Je fus chez cette dame avec le domestique qui lui avoit parlé de moi. Elle m’interrogea, m’examina ; je ne lui déplus pas ; & tout de suite j’entrai à son service, non pas tout-à-fait en qualité de favori, mais en qualité de laquais. Je fus vêtu de la couleur de ses gens ; la seule distinction fut qu’ils portoient l’aiguillette & qu’on ne me la donna pas : comme il n’y avoit point de galons à sa livrée, cela faisoit à-peu-près un habit bourgeois. Voilà le terme inattendu auquel aboutirent enfin toutes mes grandes espérances.

Madame la Comtesse de Vercellis, chez qui j’entrai, étoit