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LES

CONFESSIONS

DE

J. J. ROUSSEAU.



LIVRE QUATRIEME.


J’arrive & je ne la trouve plus. Qu’on juge de ma surprise & de ma douleur ! C’est alors que le regret d’avoir lâchement abandonné M. le Maître commença de se faire sentir. Il fut plus vif encore quand j’appris le malheur qui lui étoit arrivé. sa caisse de Musique qui contenoit toute sa fortune, cette précieuse caisse sauvée avec tant de fatigue, avoit été saisie en arrivant à Lyon par les soins du Comte Dortan à qui le chapitre avoit fait écrire pour le prévenir de cet enlévement furtif. Le Maître avoit en vain réclamé son bien, son gagne-pain, le travail de toute sa vie. La propriété de cette caisse étoit tout au moins sujette à litige ; il n’y en eut point. L’affaire fut décidée à l’instant même par la loi du plus fort, & le pauvre le Maître perdit ainsi le fruit de ses talens, l’ouvrage de sa jeunesse, & la ressource de ses vieux jours.

Il ne manqua rien au coup que je reçus, pour le rendre accablant. Mais j’étois dans un âge où les grands chagrins ont