Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/24

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d’un sentiment violent. Tout nourrissoit dans mon cœur les dispositions qu’il reçut de la nature. Je ne connoissois rien d’aussi charmant que de voir tout le monde content de moi & de toute chose. Je me souviendrai toujours qu’au temple répondant au catéchisme, rien ne me troubloit plus quand il m’arrivoit d’hésiter, que de voir sur le visage de Mlle. Lambercier des marques d’inquiétude & de peine. Cela seul m’affligeoit plus que la honte de manquer en public, qui m’affectoit pourtant extrêmement : car, quoique peu sensible aux louanges, je le fus toujours beaucoup à la honte, & je puis dire ici que l’attente des réprimandes de Mlle. Lambercier me donnoit moins d’alarmes que la crainte de la chagriner.

Cependant elle ne manquoit pas au besoin de sévérité, non plus que son frere : mais comme cette sévérité, presque toujours juste, n’étoit jamais emportée, je m’en affligeois & ne m’en mutinois point. J’étois plus fâché de déplaire que d’être puni & le signe du mécontentement m’étoit plus cruel que la peine afflictive. Il est embarrassant de m’expliquer mieux, mais cependant il le faut. Qu’on changeroit de méthode avec la jeunesse, si l’on voyoit mieux les effets éloignés de celle qu’on emploie toujours indistinctement & souvent indiscrétement ! La grande leçon qu’on peut tirer d’un exemple aussi commun que funeste, me fait résoudre à le donner.

Comme Mlle. Lambercier avoit pour nous l’affection d’une mere, elle en avoit aussi l’autorité & la portoit quelquefois jusqu’à nous infliger la punition des enfans, quand nous l’avions méritée. Assez long-tems elle s’en tint à la menace & cette menace d’un châtiment tout nouveau pour moi me sembloit