Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/29

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J’ai fait le premier pas & le plus pénible dans le labyrinthe obscur & fangeux de mes confessions. Ce n’est pas ce qui est criminel qui coûte le plus à dire, c’est ce qui est ridicule & honteux. Des-à-présent je suis sûr de moi, après ce que je viens d’oser dire, rien ne peut plus m’arrêter. On peut juger de ce qu’ont pu me coûter de semblables aveux, sur ce que dans tout le cours de ma vie, emporté quelquefois près de celles que j’aimois par les fureurs d’une passion qui m’ôtoit la faculté de voir, d’entendre, hors de sens & saisi d’un tremblement convulsif dans tout mon corps ; jamais je n’ai pu prendre sur moi de leur déclarer ma folie, & d’implorer d’elles dans la plus intime familiarité la seule faveur qui manquoit aux autres. Cela ne m’est jamais arrivé qu’une fois dans l’enfance avec une enfant de mon âge ; encore fut-ce elle qui en fit la premiere proposition.

En remontant de cette sorte aux premieres traces de mon être sensible, je trouve des élémens qui, semblant quelquefois incompatibles, n’ont pas laissé de s’unir pour produire avec force un effet uniforme & simple, & j’en trouve d’autres qui, les mêmes en apparence, ont formé par le concours de certaines circonstances de si différentes combinaisons, qu’on n’imagineroit jamais qu’ils eussent entr’eux aucun rapport. Qui croiroit, par exemple, qu’un des ressorts les plus vigoureux de mon ame fut trempé dans la même source d’où la luxure & la mollesse ont coulé dans mon sang ? Sans quitter le sujet dont je viens de parler on en va voir sortir une impression bien différente.

J’étudiois un jour seul ma leçon dans la chambre contigue