Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/323

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tout apprendre, c’est s’engager à bien mettre le tans à profit. Ne sachant à quel point le sort ou la mort pouvoient arrêter mon zele, je voulois à tout événement acquérir des idées de toutes choses, tant pour sonder mes dispositions naturelles que pour juger par moi-même de ce qui méritoit le mieux d’être cultivé.

Je trouvai dans l’exécution de ce plan un autre avantage auquel je n’avois pas pensé ; celui de mettre beaucoup de tans à profit. Il faut que je ne sois pas né pour l’étude ; car une longue application me fatigue à tel point qu’il m’est impossible de m’occuper une demi-heure de suite avec force du même sujet, sur-tout en suivant les idées d’autrui ; car il m’est arrivé quelquefois de me livrer plus long-tans aux miennes & même avec assez de succès. Quand j’ai suivi durant quelques pages un auteur qu’il faut lire avec application, mon esprit l’abandonne & se perd dans les nuages. Si je m’obstine, je m’épuise inutilement, les éblouissemens me prennent, je ne vois plus rien. Mais que des sujets différens se succedent, même sans interruption, l’un me délasse de l’autre & sans avoir besoin de relâche je les suis plus aisément. Je mis à profit cette observation dans mon plan d’études & je les entremêlai tellement que je m’occupois tout le jour & ne me fatiguois jamais. Il est vrai que les soins champêtres & domestiques faisoient des diversions utiles ; mais dans ma ferveur croissante je trouvai bientôt le moyen d’en ménager encore le tans pour l’étude & de m’occuper à la fois de deux choses, sans songer que chacune en alloit moins bien.

Dans tant de menus détails qui me charment & dont j’excede