Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/339

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souvent à mes livres & me distraisant sur mon état, devoit le rendre meilleur.

L’hiver suivant Barillot revenant d’Italie m’apporta quelques livres, entre autres le Bontempi & la Cartella per musica du P. Banchieri qui me donnerent du goût pour l’histoire de la musique & pour les recherches théoriques de ce bel art. Barillot resta quelque tans avec nous, & comme j’étois majeur depuis plusieurs mois, il fut convenu que j’irois le prin-tans suivant à Geneve redemander le bien de ma mere ou du moins la part qui m’en revenoit, en attendant qu’on sût ce que mon frere étoit devenu. Cela s’exécuta comme il avoit été résolu. J’allai à Geneve, mon pere y vint de son côté. Depuis long-tans il y revenoit sans qu’on lui cherchât querelle, quoiqu’il n’eût jamais purgé son décret : mais comme on avoit de l’estime pour son courage & du respect pour sa probité, on feignoit d’avoir oublié son affaire, & les magistrats occupés du grand projet qui éclata peu après, ne vouloient pas effaroucher avant le tans la bourgeoisie, en lui rappelant mal-à-propos leur ancienne partialité.

Je craignois qu’on ne me fît des difficultés sur mon changement de religion ; l’on n’en fit aucune. Les loix de Geneve sont à cet égard moins dures que celles de Berne, où, quiconque change de religion, perd non-seulement son état mais son bien. Le mien ne me fut donc pas disputé, mais se trouva, je ne sais comment, réduit à fort peu de chose. Quoiqu’on fût à-peu-près sûr que mon frere étoit mort, on n’en avoit point de preuve juridique. Je manquois de titres suffisans pour réclamer sa part & je la laissai sans regret