Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/411

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tends encore, je n’aurai plus dans ma délibération tardive l’usage de toutes mes forces ; mes facultés intellectuelles auront déjà perdu de leur activité ; je ferai moins bien ce que je puis faire aujourd’hui de mon mieux possible : saisissons ce moment favorable ; il est l’époque de ma réforme externe & matérielle, qu’il soit aussi celle de ma réforme intellectuelle & morale. Fixons une bonne fois mes opinions, mes principes, & soyons pour le reste de ma vie ce que j’aurai trouvé devoir être après y avoir bien pensé.

J’exécutai ce projet lentement & à diverses reprises, mais avec tout l’effort & toute l’attention dont j’étois capable. Je sentois vivement que le repos du reste de mes jours & mon sort total en dépendoient. Je m’y trouvai d’abord dans un tel labyrinthe d’embarras, de difficultés, d’objections, de tortuosités, de ténebres que vingt fois tenté de tout abandonner, je fus près, renonçant à de vaines recherches, de m’en tenir dans mes délibérations aux regles de la prudence commune, sans plus en chercher dans des principes que j’avois tant de peine à débrouiller. Mais cette prudence même m’étoit tellement étrangere, je me sentois si peu propre à l’acquérir que la prendre pour mon guide n’étoit autre chose que vouloir à travers les mers & les orages, chercher sans gouvernail, sans boussole, un fanal presque inaccessible, & qui ne m’indiquoit aucun port.

Je persistai : pour la premiere fois de ma vie j’eus du courage, & je dois à son succès d’avoir pu soutenir l’horrible destinée qui dès-lors commençoit à m’envelopper sans que j’en eusse le moindre soupçon. Après les recherches les plus