Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/421

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


reste peu d’acquisitions à espérer du côté des lumieres utiles, il m’en reste de bien importantes à faire du côté des vertus nécessaires à mon état. C’est-là qu’il seroit tems d’enrichir & d’orner mon ame d’un acquis qu’elle pût emporter avec elle, lorsque délivrée de ce corps qui l’offusque & l’aveugle, & voyant la vérité sans voile, elle apercevra la misere de toutes ces connoissances dont nos faux savans sont si vains. Elle gémira des momens perdus en cette vie à les vouloir acquérir. Mais la patience, la douceur, la résignation, l’intégrité, la justice impartiale, sont un bien qu’on emporte avec soi, & dont on peut s’enrichir sans cesse, sans craindre que la mort même nous en fasse perdre le prix. C’est à cette unique & utile étude que je consacre le reste de ma vieillesse. Heureux si par mes progrès sur moi-même j’apprends à sortir de la vie, non meilleur, car cela n’est pas possible, mais plus vertueux que je n’y suis entré !