Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/471

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foiblesse est pour l’action, toute ma force est négative, & tous mes péchés sont d’omission, rarement de commission. Je n’ai jamais cru que la liberté de l’homme consistât à faire ce qu’il veut, mais bien à ne jamais faire ce qu’il ne veut pas, & voilà celle que j’ai toujours clamée, souvent conservée, & par qui j’ai été le plus en scandale à mes contemporains. Car pour eux, actifs, remuans, ambitieux, détestant la liberté les uns des autres & n’en voulant point pour eux-mêmes pourvu qu’ils fassent quelquefois leur volonté, ou plutôt qu’ils dominent celle d’autrui, ils gênent toute leur vie à faire ce qui leur répugne n’omettent rien de servile pour commander. Leur tort n’a donc pas été de m’écarter de la cité comme un membre inutile, mais de m’en proscrire comme un membre pernicieux : car j’ai peu fait de bien, je l’avoue, mais pour du mal, n’en est entré dans ma volonté de ma vie, & je doute qu’il y oit aucun homme au monde qui en oit réellement moins fait que moi.