Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/478

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à l’histoire naturelle & aux usages économiques, mais en France où cette étude a moins pénétré chez les gens du monde, on est resté sur ce point tellement barbare qu’un bel esprit de Paris voyant à Londres tel jardin de curieux plein d’arbres & de plantes rares s’écria pour tout éloge : Voilà un fort beau jardin d’apothicaire ! À ce compte le premier apothicaire fut Adam. Car il n’est pas aisé d’imaginer un jardin mieux assorti de plantes que celui d’Eden.

Ces idées médicinales ne sont assurément guère propres à rendre agréable l’étude de la botanique, elles flétrissent l’émail des prés, l’éclat des fleurs, dessèchent la fraîcheur des bocages, rendent la verdure & les ombrages insipides & dégoûtans ; toutes ces structures charmantes & gracieuses intéressent fort peu quiconque ne veut que piler tout cela dans un mortier, & l’on n’ira pas chercher des guirlandes pour les bergères parmi des herbes pour les lavemens.

Toute cette pharmacie ne souilloit point mes images champêtres ; rien n’en étoit plus éloigné que des tisanes & des emplâtres. J’ai souvent pensé en regardant de près les champs, les vergers, les bois & leurs nombreux habitans que le règne végétal étoit un magasin d’alimens donnés par la nature à l’homme & aux animaux. Mais jamais il ne m’est venu à l’esprit d’y chercher des drogues & des remedes. Je ne vois rien dans ses diverses productions qui m’indique un pareil usage, & elle nous auroit montré le choix si elle nous l’avoit prescrit, comme elle a fait pour les comestibles. Je sens même que le plaisir que je prends à parcourir les bocages seroit empoisonné par le sentiment des infirmités humaines s’il me