Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/489

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tems sur la montagne de Chasseron, du sommet de laquelle on découvre sept lacs. On nous dit qu’il n’y avoit qu’une seule maison sur cette montagne, & nous n’eussions sûrement pas deviné la profession de celui qui l’habitoit si l’on n’eût ajouté que c’étoit un libraire, & qui même faisoit fort bien ses affaires dans le pays. Il me semble qu’un seul fait de cette espèce fait mieux connoître la Suisse que toutes les descriptions des voyageurs.

En voici un autre de même nature ou à peu près qui ne fait pas moins connoître un peuple fort différent. Durant mon séjour à Grenoble je faisais souvent de petites herborisations hors de la ville avec le sieur Bovier avocat de ce pays-là, non pas qu’il aimât ni sût la botanique, mais parce que s’étant fait mon garde de la manche, il se faisait, autant que la chose étoit possible, une loi de ne pas me quitter d’un pas. Un jour nous nous promenions le long de l’Isère dans un lieu tout plein de saules épineux. Je vis sur ces arbrisseaux des fruits mûrs j’eus la curiosité d’en goûter et, leur trouvant une petite acidité très-agréable, je me mis à manger de ces grains pour me rafraîchir ; le sieur Bovier se tenoit à côté de moi sans m’imiter & sans rien dire. Un de ses amis survint, qui me voyant picorer ces grains me dit : eh ! monsieur, que faites-vous là ? Ignorez-vous que ce fruit empoisonne ? Ce fruit empoisonne, m’écriai-je tout surpris. Sans doute, reprit-il, & tout le monde fait si bien cela, que per-


C’eft sans doute la reflemblance des noms qui a entraîné M. Roufleau k appliquer l’anecdote du Libraire, à ClwJJ’cron , au lieu de Chafftral , autre montagne trcs-élevée fur ks frontières de la Principauté de Neufçhâtel.