Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/497

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d’un mauvois principe, comme lorsqu’ils feignent d’honorer en quelque succès le mérite d’un homme, non par esprit de justice mais pour se donner un air impartial en calomniant tout à leur aise le même homme sur d’autres points.

Mais quand, après de longues & vaines recherches, je les vis tous rester sans exception dans le plus inique & absurde système que l’esprit infernal pût inventer ; quand je vis qu’à mon égard la raison étoit bannie de toutes les têtes & l’équité de tous les cœurs ; quand je vis une génération frénétique se livrer tout entiere à l’aveugle fureur de ses guides contre un infortuné qui jamais ne fit, ne voulut, ne rendit de mal à personne, quand après avoir vainement cherché un homme il fallut éteindre enfin ma lanterne & m’écrier : Il n’y en a plus ; alors je commençai à me voir seul sur la terre, & je compris que mes contemporains n’étoient par rapport à moi que des êtres mécaniques qui n’agissoient que par impulsion & dont je ne pouvois calculer l’action que par les lois du mouvement. Quelque intention, quelque passion que j’eusse pu supposer dans leurs ames, elles n’auroient jamais expliqué leur conduite à mon égard d’une façon que je pusse entendre. C’est ainsi que leurs dispositions intérieures cesserent d’être quelque chose pour moi. Je ne vis plus en eux que des masses différemment mues, dépourvues à mon égard de toute moralité.

Dans tous les maux qui nous arrivent, nous regardons plus à l’intention qu’à l’effet. Une tuile qui tombe d’un toit peut nous blesser davantage mais ne nous navre pas tant qu’une pierre lancée à dessein par une main malveillante. Le coup