Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/96

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je sortois du sujet présent. Il rejettoit même quelquefois toutes mes citations, soutenant qu’elles étoient fausses & s’offrant à m’aller chercher le livre, me défioit de les y trouver. Il sentoit qu’il ne risquoit pas grand’chose & qu’avec toute mon érudition d’emprunt, j’étois trop peu exercé à manier les livres & trop peu latiniste pour trouver un passage dans un gros volume, quand même je serois assuré qu’il y est. Je le soupçonne même d’avoir usé de l’infidélité dont il accusoit les Ministres & d’avoir fabriqué quelquefois des passages pour se tirer d’une objection qui l’incommodoit.

Mais enfin le séjour de l’hospice me devenant chaque jour plus désagréable & n’appercevant pour en sortir qu’une seule voie, je m’empressai de la prendre autant que jusque-là je m’étois efforcé de l’éloigner.

Les deux Africains avoient été baptisé en grande cérémonie, habillés de blanc de la tête aux pieds pour représenter la candeur de son ame régénérée. Mon tour vint un mois après ; car il fallut tout ce tems-là pour donner à mes directeurs l’honneur d’une conversion difficile & l’on me fit passer en revue tous les dogmes pour triompher de ma nouvelle docilité.

Enfin, suffisamment instruit & suffisamment disposé au gré de mes maîtres, je fus mené processionnellement à l’église métropolitaine de St. Jean pour y faire une abjuration solennelle & recevoir les accessoires du baptême, quoiqu’on ne me baptisât pas réellement : mais comme ce sont à-peu-près les mêmes cérémonies, cela sert à persuader au peuple