Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/115

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du moins que tant d’enveloppes ténébreuses sont un manteau bien étrange pour la vertu !

La forcé de vos preuves l’emportoit néanmoins sûr tous les soupçons que ces machinations pouvoient m’inspirer. Je voyois qu’après tout, cette bizarre conduite, toute choquante qu’elle me paroissoit, n’en étoit pas moins une œuvre de miséricorde, & que voulant épargner à un scélérat les traitemens qu’il avoir mérites, il faloit bien prendre des précautions extraordinaires pour prévenir le scandale de cette indulgence & la mettre à un prix qui ne tentât ni d’autres d’en désirer une pareille ni lui-même d’en abuser. Voyant ainsi tout le monde s’empresser à l’envi de le rassasier d’opprobres & d’indignités, loin de le plaindre je le méprisois davantage d’acheter si lâchement l’impunité au prix d’un pareil destin.

Vous m’avez répété tout cela bien des fois, & je me le disois après vous en gémissant. L’angoisse de mon cœur n’empêchoit pas ma raison d’être subjuguée, & de cet assentiment que j’étois forcé de vous donner resultoit la situation d’ame la plus cruelle pour un honnête homme infortuné auquel on arrache impitoyablement toutes les consolations toutes les ressources toutes les espérances qui lui rendoient ses maux supportables.

Un trait de lumière est venu me rendre tout instant. Quand j’ai pense, quand vous m’avez confirme vous-même que cet homme si indignement traite pour tant de crimes atroces n’avoir été convaincu d’aucun, vous avez d’un seul mot renverse toutes vos preuves, & si je n’ai pas vu l’imposture ou vous prétendez voir l’évidence, cette évidence