Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/121

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Le François.

Mais vous -même qui vouliez si fort être le lien, n’avez vous pas été réduit au silence par les preuves dont j’étois arme ?

Rousseau.

Avois-je les lumieres nécessaires pour les apprécier & distinguer à travers tant de trames obscures les fausses couleurs qu’on a pu leur donner ? Suis-je au fait des détails qu’il faudroit connoitre ? Puis-je deviner les éclaircissemens les objections les solutions que pourroit donner l’accuse sûr des faits dont lui seul est assez instruit ? D’un mot peut--être il eût lève des voiles impénétrables aux yeux de tout autre, & jette du jour sûr des manœuvres que nul mortel ne débrouillera jamais. Je me suis rendu, non parce que j’étois réduit au silence, mais parce que je l’y croyois réduit lui-même. Je n’ai rien, je l’avoue, à répondre à vos preuves. Mais si vous étiez isole sûr la terre, sans défense & sans défenseur & depuis vingt ans en proie à vos ennemis comme J. J., on pourroit sans peine me prouver de vous en secret ce que vous m’avez prouve de lui, sans que j’eusse rien non plus à répondre. En seroit-ce assez pour vous juger sans appel & sans vouloir vous écouter ?

Monsieur, c’est ici depuis que le monde existe la premiere fois qu’on a viole si ouvertement si publiquement la premiere & la plus sainte des loix sociales, celle sans laquelle il n’y a plus de sûreté pour l’innocence parmi les hommes. Quoiqu’on en puise dire, il est faux qu’une violation si criminelle puisse avoir jamais pour motif l’intérêt de l’accuse ; il n’y a que