Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/122

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celui des accusateurs & même un intérêt très-pressant qui puisse les y déterminer, & il n’y a que la passion des juges qui puisse les faire passer outre malgré l’infraction de cette loi. Jamais ils ne souffriroient cette infraction s’ils redoutoient d’être injustes. Non, il n’y a point, je ne dis pas de juge éclaire, mais d’homme de bon sens qui, sûr les mesures prises avec tant d’inquiétude & de soin pour cacher à cacher à l’accuse l’accusation les témoins les preuves, ne sente que tout cela ne peut dans aucun cas possible s’expliquer raisonnablement que par l’imposture de l’accusateur.

Vous demandez néanmoins quel inconvénient il y auroit, quand le crime est évident, à rouer l’accuse sans l’entende ? Et moi je vous demande en réponse quel est l’homme quel est le juge assez hardi pour oser condamner à mort un accuse convaincu selon toutes les formes judiciaires, après tant d’exemples funestes d’innocens bien interroges, bien entendus bien confrontes, bien juges selon toutes les formes & sûr une évidence prétendue mis à mort avec la plus grande confiance pour des crimes qu’ils n’avoient point commis. Vous demandez quel inconvénient il y auroit, quand le crime est évident, à rouer l’accuse sans l’entendre. Je réponds que votre supposition est impossible & contradictoire dans les termes, parce que l’évidence du crime consiste essentiellement dans la conviction de l’accuse, & que toute autre évidence ou notoriété. peut être fausse illusoire & causer le supplice d’un innocent. En faut-il confirmer les raisons par des exemples ? Par malheur ils ne nous manqueront pas. En voici un tout récent tire de la gazette de Leyde & qui mérite d’être cite. Un