Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/126

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qu’ils aimeroient mieux faire périr cent innocens que de laisser échapper un coupable, & que s’ils pouvoient trouver de quoi condamner un homme dans toutes les formes, quoique persuades de son innocence, ils se hâteroient de le faire périt en l’honneur de la loi ? Ils s’affligent de la justification d’un accuse comme d’une perte réelle ; avides de sang à répandre, ils voyent à regret échapper de leurs mains la proie qu’ils peuvent s’étoient promise, & n’épargnent rien de ce qu’ils peuvent faire impunément pour que ce malheur ne leur arrive pas, Grandier, Calas, Langlade, & cent autres ont fait du bruit par des circonstances fortuites ; mais quelle foule d’infortunes sont les victimes de l’erreur ou de la cruauté des juges, sans que l’innocence étouffée sous des monceaux de vienne jamais au grand jour ou n’y vienne que par hasard long-tems après la mort des accuses, & lorsque personne ne prend plus d’intérêt à leur fort. Tout nous montre ou nous fait sentir l’insuffisance des loix & l’indifférence des juges pour la protection des innocens accuses, déjà punis avant le jugement par les rigueurs du cachot & des fers, & à qui souvent on arrache à forcé de tourmens l’aveu des crimes qu’ils n’ont pas commis. Et vous, comme si les formes établies & trop souvent inutiles étoient encore superflues, vous demandez quel inconvénient il y auroit quand le crime est évident, à rouer l’accuse sans l’entendre !

Allez, Monsieur, cette question n’avoit besoin de ma d’aucune réponse, & si quand vous la faisiez elle eût été sérieuse, les murmures de votre cœur y auroient assez répondu.

Mais si jamais cette forme si sacrée & si nécessaire pouvoit