Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/127

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être omise à l’égard de quelque scélérat reconnu tel de tous les tems, & juge par la voix publique avant qu’on lui imputât aucun fait particulier dont il eût à se défendre, que puis-je penser de la voir écartée avec tant de sollicitude & de vigilance du jugement du monde ou elle étoit le plus indispensable, de celui d’un homme accuse tout-d’un-coup d’être un monstre abominable, après avoir joui quarante ans de l’estime publique & de la bienveillance de tous ceux qui l’ont connu. Est-il naturel, est-il raisonnable, est-il juste de choisir seul pour refuser de l’entendre, celui qu’il faudroit entendre par préférence quand on se permettroit de négliger pour d’autres une aussi sainte formalité ? Je ne puis vous cacher qu’une sécurité si cruelle & si téméraire me déplaît & me choque dans ceux qui s’y livrent avec tant de confiance, pour ne pas dire avec tant de plaisir. Si dans l’année 1751 quelqu’un eût prédit cette légère & dédaigneuse façon de juger un homme alors si universellement estime personne ne l’eût pu croire, & si le public regardoit de sang-froid le chemin qu’on lui à fait faire pour l’amener par degrés à cette étrange persuasion, il seroit étonne lui-même de voir les sentiers tortueux & ténébreux par lesquels on l’a conduit insensiblement jusques-la sans qu’il s’en soit apperçu.

Vous dites que les précautions prescrites par le bon sens & l’équité avec les hommes ordinaires sont superflues avec un pareil monstre, qu’ayant foulé aux pieds toute justice & toute humanité il est indigne qu’on s’assujettisse en sa faveur aux regles qu’elles inspirent, que la multitude & l’énormité de ses crimes est telle que la conviction de chacun en particulier