Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/140

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yeux du public mais à le dénoncer au Gouvernement, & que cependant son respect pour d’anciennes liaisons ne lui ait pas permis de vouloir être l’instrument de sa perte, n’a-t-il pas du, cela pose, se conduire exactement comme il l’a fait, mettre à sa dénonciation la condition de la grace du scélérat, & le ménager tellement en la démasquant, qu’en lui donnant la réputation d’un coquin on lui conservât la liberté d’un l’honnête homme ?

Rousseau.

Votre supposition renferme des choses contradictoires sûr lesquelles j’aurois beaucoup à dire. Dans, cette supposition même je me serois conduit & vous aussi, j’en suis très-sûr, & tout autre homme d’honneur, d’une façon très-différente. D’abord à quelque prix que ce fut, je n’aurois jamais voulu dénoncer le scélérat sans me montrer & le confondre, vu sûr-tout les liaisons antérieures que vous supposez, & qui obligeoient encore plus étroitement l’accusateur de prévenir préalablement le coupable de ce que son devoir l’obligeoit à faire à son égard. Encore moins aurois-je voulu prendre des mesures extraordinaires pour empêcher que mon nom mes accusations mes preuves ne parvinssent à ses oreilles ; parce qu’en tout état cause un dénonciateur qui se cache joue un rôle odieux bas lâche, justement suspect d’imposture, & qu’il n’y a nulle raison suffisante qui puisse obliger un honnête homme à faire un acte injuste & flétrissant. Des que vous supposez l’obligation, de dénoncer le malfaiteur vous supposez aussi celle de le convaincre, parce que la premiere de ces deux obligations emporte nécessairement l’autre, & qu’il faut ou se montrer & confondre