Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/154

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au système de vos Messieurs qu’on les croiroit faites exprès pour lui si je ne citois pas mon Auteur. Si ce qu’on prouve d’un accuse en son absence n’est jamais régulièrement prouve, ce qu’on en prouve en se cachant si soigneusement de lui prouve plus contre l’accusateur que contre l’accuse, & par cela seul l’accusation revêtue de toutes ses preuves clandestines doit être présumée une imposture.

Enfin le grand vice de tout ce système est que fonde sûr le mensonge ou sûr la vérité le succès n’en seroit pas moins assure d’une façon que de l’autre. Supposez, au lieu de votre J. J., un véritablement honnête homme, isole, trompé, trahi, seul sûr la terre., entoure d’ennemis puissans ruses masques implacables, qui sans obstacle de la part de personne dressent à loisir leurs machines autour de lui ; & vous verrez que tout ce qui lui arrive méchant &coupable, ne lui arriveroit pas moins innocent & vertueux. Tant par le fond que par la forme des preuves tout cela ne prouve donc rien, précisément parce qu’il prouve trop.

Monsieur, quand les Géometres marchant de démonstration en démonstration parviennent à quelque absurdité, au lieu de l’admettre quoique démontrée ils reviennent sûr leurs pas, &, surs qu’il s’est glisse dans leurs principes ou dans leurs raisonnemens quelque paralogisme qu’ils n’ont pas apperçu, ils ne s’arrêtent pas qu’ils ne le trouvent, & s’ils ne peuvent le découvrir, laissant la leur démonstration prétendue, ils prennent une autre route pour trouver la vérité qu’ils cherchent, surs qu’elle n’admet point d’absurdité.