Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/155

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N’appercevez-vous point que pour éviter de prétendues absurdités vous tombez dans une autre, sinon plus forte, au moins plus choquante ? Vous justifiez un seul homme dont la condamnation vous déplaît, aux dépens de toute une nation, que dis-je, de toute une génération dont vous faites une génération de fourbes : car enfin tout est d’accord, tout le public tout le monde sans exception à donne son assentiment au plan qui vous paroit si répréhensible ; tout se prête avec zele à son exécution : personne ne l’a désapprouve, personne n’a commis la moindre indiscrétion qui pût le faire échouer, personne n’a donne le moindre indice la moindre lumière à l’accuse qui pût le mettre en état de se défendre ; il n’a pu tirer d’aucune bouche un seul mot d’éclaircissement sûr les charges atroces dont on l’accable à l’envi ; tout s’empresse à renforcer les ténèbres dont on l’environne, & l’on ne fait à quoi chacun se livre avec plus d’ardeur de le diffamer absent ou de le persister présent. Il faudroit donc conclure de vos raisonnemens qu’il ne se trouvé pas dans toute la génération présente un seul honnête homme, pas un seul ami de la vérité. Admettez-vous cette conséquence ?

Rousseau.

À Dieu ne plaise ! Si j’étois tente de l’admettre, ce ne seroit pas auprès de vous dont je connois la droiture invariable & la sincere équité. Mais je connois aussi ce que peuvent sûr les meilleurs cœurs les préjugés & les passions & combien leurs illusions sont quelquefois inévitables. Votre objection me