Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/161

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plus de confiance l’ont vu tous, & si clairement à ce qu’ils vous disent, exactement tel que vous me l’avez peint. S’il est si facile à connoitre & à pénétrer quand on y regarde, malgré sa défiance & son hypocrisie, malgré ses efforts pour se cacher, pourquoi, plein du désir de l’apprécier, serai-je le seul a n’y pouvoir parvenir, sûr -tout avec une disposition si favorable à la vérité, & n’ayant d’autre intérêt que de la connoitre ? Est-il étonnant que l’ayant si décidément juge d’avance & n’apportant aucun doute à cet examen, ils l’aient vu tel qu’ils le vouloient voir ? Mes doutes ne me rendront pas moins attentif & me rendront plus circonspect. Je ne cherche point à le voir tel que je me le figure, je cherche à le voir tel qu’il est.

Le François.

Bon ! n’avez-vous pas aussi vos idées ? Vous le désirez innocent, j’en suis très-sûr. Vous serez comme eux dans le sens contraire : vous verrez en lui ce que vous cherchez.

Rousseau.

Le cas est fort différent. Oui, je le désire innocent, & de tout mon cœur ; sans doute je serois heureux de trouver en lui ce que j’y cherche : mais ce seroit pour moi le plus grand des malheurs d’y trouver ce qui n’y seroit pas, de le croire honnête homme & de me tromper. Vos Messieurs ne sont pas dans des dispositions si favorables à la vérité. Je vois que leur projet est une ancienne & grande entreprise qu’ils ne veulent pas abandonner, & qu’ils n’abandonneroient pas impunément. L’ignominie dont ils l’ont couvert réjailliroit sûr eux