Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/168

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par elle est excusable ; mais ceux qui se disent plus sages que lui en adoptant son erreur ne le sont pas.

Quoi qu’il en soit des raisons que je vous exposé, je me sens digne, même indépendamment d’elles de douter de ce qui n’a paru douteux à personne. J’ai dans le cœur des témoignages plus forts que toutes vos preuves que l’homme que vous m’avez peint n’existe point, ou n’est pas du moins ou vous le voyez. La seule patrie de J. J. qui est la mienne suffiroit pour m’assurer qu’il n’est point cet homme-la. Jamais elle n’a produit des êtres de cette espece ; ce n’est ni chez les Protestans ni dans les Républiques qu’ils sont connus. Les crimes dont il est accuse sont des crimes d’esclaves, qui n’approchèrent jamais des ames 1ibres ; dans nos contrées on n’en connaît point de pareils ; & il me faudroit plus de preuves encore que celles que vous m’avez fournies pour me persuader seulement que Geneve a pu produire un empoisonneur.

Après vous avoir dit pourquoi vos preuves, tout évidentes qu’elles vous paroissent ne sauroient être convaincantes pour moi qui n’ai ni ne puis avoir les instructions nécessaires pour juger à quel point ces preuves peuvent être illusoires & m’en imposer par une fausse apparence de vérité, je vous avoue pourtant derechef que sans me convaincre elles m’inquiètent m’ébranlent & que j’ai quelquefois peine à leur résister. Je desirerois sans doute, & de tout mon cœur, qu’elles fussent fausses, & que l’homme dont elles me sont un monstre n’en fut pas un : mais je désire beaucoup davantage encore de ne pas m’égarer dans cette recherche & de ne pas me laisser séduire par mon penchant. Que puis-je faire dans une pareille