Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/169

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situation*

[*Pour excuser le public autant qu’il se peut je suppose par-tout son erreur presque invincible ; mais moi qui sais dans ma conscience qu’aucun crime jamais n’approcha de mon cœur, je suis sûr que tout homme vraiment attentif vraiment juste découvriront l’imposture à travers tout l’art du complot, parce qu’enfin je ne crois pas possible que jamais le mensonge usurpe & s’approprie tous les caracteres de la vérité.] pour parvenir, s’il est possible, à démêler la vérité ? C’est de rejetter dans cette affaire toute autorité humaine, toute preuve qui dépend du témoignage d’autrui, & de me déterminer uniquement sûr ce que je puis voir de mes yeux & connoitre par moi-même. Si J. J. est tel que l’ont peint vos Messieurs, & s’il a été si aisément reconnu tel par tous ceux qui l’ont approche, je ne serai pas plus malheureux qu’eux, car je ne porterai pas à cet examen moins d’attention de zele & de bonne foi, & un être aussi méchant aussi difforme aussi dépravé doit en effet être très-facile à pénétrer pour peu qu’on y regarde. Je m’en tiens donc à la résolution de l’examiner par moi-même & de le juger en tout ce que je verrai de lui, non par les secrets desirs de mon cœur, encore moins par les interprétations d’autrui, mais par la mesure de bon sens & de jugement que je puis avoir reçue, sans me rapporter sûr ce point à l’autorité de personne. Je pourrai me tromper sans doute, parce que je suis homme ; mais après avoir fait tous mes efforts pour éviter ce malheur, je me rendrai, si néanmoins il m’arrive, le consolant témoignage que mes passions ni ma volonté ne sont point complices de mon erreur, & qu’il n’a pas dépendu de moi de m’en garantir. Voila ma résolution. Donnez-moi maintenant les moyens de l’accomplir