Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/184

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détermine pas l’objet, mais dont vous ne pouvez nier l’existence puisque vous-même y êtes entre.

Il pense que du moment qu’on entreprit l’œuvre complete de sa diffamation, pour faciliter le succès de cette entreprise alors difficile, on résolut de la graduer, de commencer par le rendre odieux & noir, & de finir par le rendre abject ridicule & méprisable. Vos Messieurs, qui n’oublient rien, n’oublièrent pas sa figure, & après l’avoir éloigne de Paris, travaillèrent à lui en donner une aux yeux du public, conforme au caractere dont ils vouloient le gratifier. Il falut d’abord faire disparoître la gravure qui avoit été faite sur le portrait fait par La Tour. Cela fut bientôt fait. Après son départ pour l’Angleterre, sur un modele qu’on avoir fait faire par Le Moine, on fit faire une gravure telle qu’on la desiroit ; mais la figure en étoit hideuse à tel point que pour ne pas se découvrir trop ou trop tôt, on fut contraint de supprimer la gravure. On fit faire à Londres par les bons offices de l’ami Hume le portrait dont je viens de parler, & n’épargnant aucun soin de l’art pour en faire valoir la gravure, on la rendit moins discerne que la précédent mais plus terrible & plus noire mille fois. Ce portrait a fait long-tems, à l’aide de vos Messieurs l’admiration de Paris & de Londres, jusqu’à ce qu’ayant gagne pleinement le premier point & rendu aux yeux du public l’original aussi noir que la gravure, on en vint au second article, & dégradant habilement cet affreux coloris, de l’homme terrible & vigoureux qu’on avoit d’abord peint on fit peu-a-peu un petit fourbe, un petit menteur, un petit escroc, un coureur de tavernes & de mauvais lieux. C’est alors que parut le portrait