Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/188

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premier préjugé pour ou contre lui : car si, bien convaincu par ma conduite & par mon langage de la droiture de mes intentions, il s’alarmoit néanmoins de mon dessein, s’inquiétoit de mes regards, cherchoit à donner le change à ma curiosité & commençoit par se mettre en garde, c’étoit dans mon esprit un homme à demi juge. Loin de rien voir de semblable, je sus aussi touche que surpris non de l’accueil que cette idée m’attira de sa part, car il n’y mit aucun empressement ostensible, mais de la joie qu’elle me parut exciter dans son cœur. Ses regards attendris m’en dirent plus que n’auroient fait des caresses. Je le vis à son aise avec moi, c’étoit le meilleur moyen de m’y mettre avec lui. À la maniere dont il me distingua des le premier abord de tous ceux qui l’obsédoient je compris qu’il n’avoir pas un instant pris le change sur mes motifs. Car quoique cherchant tous également à l’observer ce dessein commun dut donner à tous une allure assez semblable, nos recherches, étoient trop différentes par leur objet pour que la distinction n’en fut pas facile à faire. Il vit que tous les autres ne cherchoient ne vouloient voir que le mal, que j’étois le seul qui cherchant le bien ne voulut voit que la vérité, & ce motif qu’il démêla sans peine m’attira sa confiance.

Entre tous les exemples qu’il m’a donnes de l’intention de ceux qui l’approchent, je ne vous en citerai qu’un. L’un d’eux s’étoit tellement distingue des autres par de plus affectueuses démonstrations & par un attendrissement pousse jusqu’aux larmes, qu’il crut pouvoir s’ouvrir à lui sans réserve & lui lire ses confessions. Il lui permit même de l’arrêter dans