Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/194

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à outrager personne. Ne nous laissons pas éblouir par l’éclat sentencieux dont souvent l’erreur & le mensonge se couvrent : ce n’est pas la foule qui fait la société, & c’est en vain que les corps se rapprochent lorsque les cœurs se repoussent. L’homme vraiment sociable est plus difficile en liaisons qu’un autre, celles qui ne consistent qu’en fausses apparences ne sauroient lui convenir. Il aime mieux vivre loin des mechans sans penser à eux, que de les voir & les haïr ; il aime mieux fuir son ennemi que de le rechercher, pour lui nuire. Celui qui ne connoît d’autre société que celle des cœurs n’ira pas chercher la sienne dans vos cercles. Voilà comment J. J. à du penser & se conduire avant la ligue dont il est l’objet ; jugez si maintenant qu’elle existe & qu’elle tend de toutes parts ses piégés autour de lui, il doit trouver du plaisir à vivre avec ses persécuteurs, à se voir l’objet de leur dérision, le jouet de leur haine, la dupe de leurs perfides caresses, à travers lesquelles ils sont malignement percer l’air insultant & moqueur qui doit les lui rendre odieuses. Le mépris l’indignation la colere ne sauroient le quitter au milieu de tous gens-la. Il les suit pour s’épargner des sentimens si pénibles ; il les fuit parce qu’ils méritent sa haine, & qu’il étoit fait pour les aimer.

Le François.

Je ne puis apprécier vos préjugés en sa faveur avant d’avoir appris sur quoi vous les fondez. Quant à ce que vous dites à l’avantage des solitaires, cela peut être vrai de quelques hommes singuliers qui s’étoient fait de fausses idées de la sagesse : mais au moins ils donnoient des signes non équivoques du