Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/232

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Voilà, Monsieur, une grande découverte & dont je me suis beaucoup félicite, car je la regarde comme la clef des autres singularités de cet homme. De cette pente aux douces rêveries j’ai vu dériver tous les goûts tous les penchans toutes les habitudes de J. J., ses vices mêmes, & les vertus qu’il peut avoir. Il n’a gueres assez de suite dans ses idées pour former de vrais projets ; mais enflamme par la longue contemplation d’un objet il fait par fois dans sa chambre de fortes & promptes résolutions qu’il oublie ou qu’il abandonne avant d’être arrive dans la rue. Toute la vigueur de sa volonté s’épuise à résoudre ; il n’en a plus pour exécuter. Tout suit en lui d’une premiere inconséquence. La même opposition qu’offrent les élémens de sa constitution se retrouve dans sa inclinations dans ses mœurs & dans sa conduite. Il est actif ardent laborieux infatigable ; il est indolent paresseux sans vigueur ; il est fier audacieux téméraire, il est craintif timide embarrasse ; il est froid dédaigneux rebutant jusqu’à la dureté ; il est doux caressant facile jusqu’à la foiblesse, & ne fait pas se descendre de faire ou souffrir ce qui lui plaît le moins. En un mot il passe d’une extrémité à l’autre avec une incroyable rapidité sans même remarquer ce passage ni se souvenir de ce qu’il étoit l’instant auparavant, & pour rapporter ces effets divers à leurs causes primitives, il est lâche & mou tant que la seule raison l’excite, il devient tout de feu si-tôt qu’il est anime par quelque passion. Vous me direz. que c’est comme cela que sont tous les hommes. Je pense tout le contraire, vous ne penseriez pas ainsi vous-même si j’avois mis le mot intérêt à la place du mot raison qui dans le fond signifie