Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/246

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


persifle moque des honnêtes-gens, servir, de jouet à la canaille, le voir le sentir en gémir, déplorer la misère humaine & supporter patiemment l’on état.

Dans cet état dévot-il se manquer à lui-même au point d’aller chercher dans la société des indignités peu déguisées dont on se plaisoit à l’y charger ? dévot-il s’aller donner en spectacle à ces barbares qui se faisant de ses peines un objet ; d’amusement ne cherchoient qu’à lui serrer le cœur par toutes les étreintes de la détresse & de la douleur qui pouvoient lui être les plus sensibles ? Voilà ce qui lui rendit indispensable la maniere de vivre à laquelle il s’est réduit, ou pour mieux ; dire, à laquelle on l’a réduit ; car c’est à quoi l’on en vouloit venir & l’on s’est attache à lui rendre si cruelle & si déchirante la fréquentation des hommes qu’il fut force d’y renoncer enfin tout-a-fait. Vous me demandez, disoit-il, pourquoi je suis les hommes ? demandez-le à eux-mêmes, ils le savent encore mieux que moi. Mais une ame expansive change-t-elle ainsi de nature, & se détache-t-elle ainsi de tout ? Tous ses malheurs ne viennent que de ce besoin d’aimer qui dévora son cœur des son enfance & qui l’inquiète & le trouble encore au point que, reste seul sur la terre il attend le moment d’en sortir pour voir réaliser enfin ses visions favorites, & retrouver dans un meilleur ordre de choses une patrie & des amis.

Il atteignit & passe l’age mur sans songer à faire des livres, & sans sentir un instant le besoin de cette célébrité fatale qui n’étoit pas faite pour lui, dont il n’a goûte que les amertumes, & qu’on lui a fait payer si cher. Ses visions