Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/26

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Il m’est impossible de rien retenir, de rapprocher deux phrases & de comparer deux idées. Tandis que je forcé mes yeux à suivre les lignes mon cœur serré gémit & soupire. Après de fréquens & vains efforts je renonce à ce travail dont je me sens incapable, &, faute de pouvoir faire mieux, je me borne à transcrire ces informes essais que je suis hors d’état de corriger. Si tels qu’ils sont l’entreprise en étoit encore à faire, je ne la ferois pas quand tous les biens de l’univers y seroient attachés ; je suis même forcé d’abandonner des multitudes d’idées meilleures & mieux rendues que ce qui tient ici leur place, & que j’avois jettées sûr des papiers détachés dans l’espoir de les encadrer aisément ; mais l’abattement m’à gagné au point de me rendre même impossible ce léger travail. Après tout, j’ai dit à-peu-près ce que j’avois à dire : il est noyé dans un cahos de désordre & de redites, mais il y est : les bons écrits sauront l’y trouver. Quant à ceux qui ne veulent qu’une lecture agréable & rapide, ceux qui n’ont cherché qui n’ont trouvé que cela dans mes confessions, ceux qui ne peuvent souffrir un peu de fatigue ni soutenir une attention suivie pour l’intérêt de la justice & de la vérité, ils feront bien de s’épargner l’ennui de cette lecture ; ce n’est pas à eux que j’ai voulu parler, & loin de chercher à leur plaire, j’éviterai du moins cette derniere indignité que le tableau des miseres de ma vie soit pour personne un objet d’amusement.

Que deviendra cet écrit ? Quel usage en pourrai-je faire ? Je l’ignore, & cette incertitude à beaucoup augmente le découragement qui ne m’a point quitte en y travaillant. Ceux qui