Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/268

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talens valoient mieux à cultiver pour s’aider à vivre que le moindre de tous qu’il possedoit mal & dont il tiroit si peu de profit, même en taxant si haut son ouvrage. Il ne se fut point mis, comme il a fait, dans la dépendance de quiconque vient arme d’un chiffon de musique lui débiter son amphigouri, ni des valets insolens qui viennent dans leur arrogant maintien lui déceler les sentimens caches des maîtres. Il n’eut point perdu si souvent le salaire de son travail, ne se fût point sait mépriser du peuple & traiter de juif par le philosophe D***.

[Diderot] pour ce travail même. Tous ces profits mesquins sont méprisés des grandes ames. L’illustre D***.

[Diderot] qui ne souille point ses mains d’un travail mercenaire & dédaigne les petits gains usuriers, est aux yeux de l’Europe entiere un sage aussi vertueux que désintéresse ; & le copiste J. J. prenant dix sols par page de son travail pour s’aider à vivre, est un juif que son avidité fait universellement mépriser. Mais en dépit de son âpreté la fortune paroît avoir ici tout remis dans l’ordre, & je ne vois point que les usures du juif J. J. l’ayent rendu fort riche, ni que le désintéressement du philosophe D***.

[Diderot] l’ait appauvri. Eh comment peut-on ne pas sentir que si J. J. eut dit pris cette occupation de copier de la musique uniquement pour donner le change au public ou par affectation, il n’eut pas manque pour ôter cette arme à ses ennemis & se faire un mérite de son métier, de le faire au prix des autres, ou même au-dessous ?

Le François.

L’avidité ne raisonne pas toujours bien.