Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/285

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


lui ont fait cent fois plus de tort que des actions injustes ne lui en auroient pu faire. La morale du monde a été mise comme celle des dévots en menues pratiques, en petites formules, en étiquettes de précédés qui dispensent du reste. Quiconque s’attache avec scrupule à tous ces petits détails, peut au surplus être noir faux fourbe traître & méchant, peu importe ; pourvu qu’il soit exact aux regles des précédés, il est toujours assez honnête homme. L’amour-propre de ceux qu’on néglige en pareil cas leur peint cette omission comme un cruel outrage, ou comme une monstrueuse ingratitude, & tel qui donneroit pour un autre sa bourse & son sang, n’en sera jamais pardonne pour avoir omis dans quelque rencontre une attention de civilité. J. J. en dédaignant tout ce qui est de pure formule & que sont également bons & mauvais, amis & indifferens, pour ne s’attacher qu’aux solides devoirs, qui n’ont rien de l’usage ordinaire & sont peu de sensation, à fourni les prétextes que vos Messieurs ont si habilement employés. Il eut pu remplir sans bruit de grands devoirs dont jamais personne n’auroit rien dit : mais la négligence des petits soins inutiles à cause sa perte. Ces petits soins sont aussi quelquefois des devoirs qu’il n’est pas permis d’enfreindre, & je ne prétends pas en cela l’excuser. Je dis seulement que ce mal même, qui n’en est pas un dans sa source & qui n’est tombe que sur lui, vient encore de cette indolence de caractere qui le domine & ne lui fait pas moins négliger ses intérêts que ses devoir.

J. J. paroît n’avoir jamais convoite fort ardemment les biens de la fortune, non par une modération dont on puisse lui faire