Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/296

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d’attachement d’amitié, même d’amour, c’est ce que je nie. Ils ne savant pas seulement s’aimer eux-mêmes ; ils ne savent que haïr ce qui n’est pas eux.

Celui qui sait régner sur son propre cœur, tenir toutes ses passions sous le joug, sur qui l’intérêt personnel & les desirs sensuels n’ont aucune puissance, & qui soit en public soit tout seul & sans témoin ne fait en toute occasion que ce qui est juste & honnête, sans égard aux vœux secrets de son cœur : celui-la seul est homme vertueux. S’il existe, je m’en réjouis pour l’honneur de l’espece humaine. Je sais que des foules d’hommes vertueux ont jadis existe sur la terre ; je sais que Fenelon, Catinat, d’autres moins connus, ont honore les siecles modernes, & parmi nous j’ai vu George Keith suivre encore leurs sublimes vestiges. À cela près je n’ai vu dans les apparentes vertus des hommes que forfanterie hypocrisie & vanité. Mais ce qui se rapproche un peu plus de nous, ce qui est du moins beaucoup plus dans l’ordre de la nature, c’est un mortel bien ne qui n’a reçu du Ciel que des passions expansives & douces, que des penchans aimans & aimables, qu’un cœur ardent à désirer, mais sensible affectueux dans ses desirs, qui n’a que faire de gloire ni de trésors, mais de jouissances réelles, de véritables attachemens, qui comptant pour rien l’apparence des choses & pour peu l’opinion des hommes, cherche son bonheur en-dedans sans égard aux usages suivis & aux préjugés reçus. Cet homme ne sera pas vertueux, puisqu’il ne vaincra pas ses penchans, mais en les suivant il ne sera rien de contraire à ce que seroit, en surmontant les siens, celui qui n’écoute que la vertu. La bonté la