Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/295

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les mêmes situations ne fournissent pas toujours. D’ailleurs un homme vivement ému est-il en état de prêter une attention minutieuse à tout ce qu’on peut lui dire, à tout ce qui se passe autour de lui, pour y approprier sa réponse ou son propos ? Je ne dis pas que tous seront aussi distraits aussi étourdis aussi stupides que J. J., mais je doute que quiconque à reçu du Ciel un naturel, vraiment ardent vif sensible & tendre soit jamais un homme bien preste à la riposte.

N’allons donc pas prendre, comme on fait dans le monde, pour des cœurs sensibles des cerveaux brûlés dont le seul désir de briller anime les discours les actions les écrits, & qui pour être applaudis des jeunes gens & des femmes, jouent de leur mieux la sensibilité qu’ils n’ont point. Tout entiers à leur unique objet, c’est-a-dire, à la célébrité, ils ne s’échauffent sur rien au monde, ne prennent un véritable intérêt à rien ; leurs têtes agitées d’idées rapides laissent leurs cœurs vides de tout sentiment, excepte celui de l’amour-propre qui leur étant habituel ne leur donne aucun mouvement sensible & remarquable au-dehors. Ainsi tranquilles & de sang-froid sur toutes choses, ils ne songent qu’aux avantages relatifs à leur petit individu, & ne laissant jamais échapper aucune occasion, s’occupent sans cesse avec un succès qui n’a rien d’étonnant, à rabaisser leurs rivaux, à écarter leurs concurrens, à briller dans le monde, à primer dans les lettres, & à déprimer tout ce qui n’est pas attache à leur char. Que de tels hommes soient mechans ou malfaisans, ce n’est pas une merveille, mais qu’ils éprouvent d’autre passion que l’égoïsme qui les domine, qu’ils aient une véritable sensibilité, qu’il soient capables