Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/31

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notre terre, mais l’économie en est plus sensible, l’ordre en est plus marque, le spectacle plus admirable ; les formes sont plus élégantes, les couleurs plus vives, les odeurs plus suaves, tous les objets plus intéressants. Toute la nature y est si belle que sa contemplation enflammant, les âmes d’amour pour un si touchant tableau, leur inspire avec le désir de concourir à ce beau système la crainte d’en troubler l’harmonie, et de là, naît une exquise sensibilité qui donne à ceux qui en sont doués des jouissances immédiates, inconnues aux cœurs que les mêmes contemplations n’ont point avives.

Les passions y sont comme ici le mobile de toute action, mais plus vives plus ardentes ou seulement plus simples & plus pures, elles prennent par cela seul un caractère tout différent. Tous les premiers mouvements de la nature sont bons droits. Ils tendent le plus directement qu’il est possible a notre conservation & à notre bonheur : mais bientôt manquant de force pour suivre à travers tant de résistance leur première direction, ils se laissent défléchir par mille obstacles qui les détournant du vrai but leur font prendre des routes obliques ou l’homme oublie sa première destination. L’erreur du jugement, la forcé des préjugés aident beaucoup à nous faire prendre ainsi le change ; mais cet effet vient principalement de la faiblesse de l’âme qui, suivant mollement l’impulsion de la nature, se détourne au choc d’un obstacle comme une boule prend l’angle de réflexion y au lieu que celle qui suit plus vigoureusement sa course ne se détourne point, mais comme un boulet de canon, forcé l’obstacle ou s’amortit & tombe à sa rencontre.