Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/30

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10. PREMIER

tète exaltée n’en est pas moins dicte par une ame de boue ?

Rousseau.

Ce choix du mot me paroit moins indifférent qu’à vous. Il change pour moi beaucoup les idées, & s’il n’y avoit que des faste & du jargon dans les écrits de l’Auteur que vous m’avez peint, il m’inspireroit moins d’horreur. Tel homme pervers s’endurcit à la sécheresse des sermons & des prônes qui rentreroit peut-être en lui-même & deviendroit honnête homme si l’on savoit chercher & ranimer dans son cœur ces sentimens de droiture & d’humanité que la nature y mit en réserve & que les passions étouffent. Mais celui qui peut contempler de sang-froid la vertu dans toute sa beauté, celui qui fait la peindre avec ses charmes les plus touchans sans en être ému sans se sentir épris d’aucun amour pour elle ; un tel être, s’il peut exister, est un méchant sans ressource, c’est un cadavre moral.

Le François.

Comment, s’il peut exister ? Sûr l’effet qu’ont produit en vous les écrits de ce misérable, qu’entendez-vous par ce doute, après les entretiens que nous venons d’avoir ? Expliquez-vous.

Rousseau.

Je m’expliquerai : mais ce sera. prendre le soin le plus inutile ou le plus superflu : car tout ce que je vous dirai ne sauroit être entendu que par ceux à qui l’on n’a pas besoin de le dire.

Figurez-vous donc un monde idéal semblable au notre, & néanmoins tout différent. La nature y est la même que sûr