Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/322

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pour lui les petits soins mielleux qu’on rend aux jolies femmes, s’il avoit besoin d’une assistance réelle, on le verroit périr avec joie, sans lui donner le moindre secours. Je l’ai vu dans la rue St. Honore faire presque sous un carrosse une chute très-périlleuse ; on court à lui, mais si-tôt qu’on reconnaît J. J. tout se disperse, les passans reprennent leur chemin, les marchands rentrent dans leurs boutiques, & il seroit reste seul dans cet état, si un pauvre mercier rustre & mal instruit, ne l’eut fait asseoir sur son petit banc, & si une servante tout aussi peu philosophe, ne lui eut apporte un verre d’eau. Tel est en réalité l’intérêt si vis & si tendre dont l’heureux J. J. est l’objet.

Une animosité de cette espece ne suit pas, quand elle est forte & durable, la route la plus courte, mais la plus sure pour s’assouvir. Car cette route étant déjà toute trace dans le plan de vos Messieurs, le public qu’ils ont mis avec art dans leur confidence, n’a plus eu qu’à suivre cette route, & tous avec le même secret entr’eux, ont concouru de concert à l’exécution de ce plan. C’est-là ce qui s’est fait ; mais comment cela s’est-il pu faire ? Voilà votre difficulté qui revient toujours. Que cette animosité une fois excitée, ait altere les facultés de ceux qui s’y sont livres, au point de leur faire voir la bonté la générosité la clémence dans toutes les manœuvres de la plus noire perfidie, rien n’est plus facile à concevoir. Chacun sait trop que les passions violentes, commençant toujours par égarer la raison, peuvent rendre l’homme injuste & méchant dans le fait &, pour ainsi dire, à l’insçu de lui-même, sans avoir cesse d’être juste & bon dans l’ame, ou du moins d’aimer la justice & la vertu.