Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/321

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aversion, me paroît à l’égard de J. J. la disposition générale de toute la génération présente. L’air seul dont il est regarde passant dans les rues, montre évidemment cette disposition qui se gêne & se contraint quelquefois dans ceux qui le rencontrent, mais qui perce & se laisse appercevoir malgré eux.

À l’empressement grossier & badaut de s’arrêter de se retourner de le fixer de le suivre, au chuchotement ricaneur qui dirige sur lui le concours de leurs impudens regards, on les prendroit moins pour d’honnêtes-gens qui ont le malheur de rencontrer un monstre effrayant, que pour des tas de bandits tout joyeux de tenir leur proie, & qui se sont un amusement digne d’eux d’insulter à son malheur. Voyez-le entrant au spectacle entoure dans l’instant d’une étroite enceinte de bras tendus & de cannes dans laquelle vous pouvez penser comme il est à son aise ! À quoi sert cette barrière ? S’il veut la forcer résistera- t-elle ? N’on sans doute. À quoi sert-elle donc ? Uniquement à se donner l’amusement de le voir enferme dans cette cage, & à lui bien faire sentir que tous ceux qui l’entourent, se sont un plaisir d’être, à son égard, autant d’argouzins & d’archers. Est-ce aussi par bonté qu’on ne manque pas de cracher sur lui, toutes les fois qu’il passe à portée, & qu’on le peut sans être apperçu de lui ? Envoyer le vin d’honneur au même homme sur qui l’on crache, c’est rendre l’honneur encore plus cruel que l’outrage. Tous les signes de haine de mépris de fureur même qu’on peut tacitement donner à un homme, sans y joindre une insulte & directe, lui sont prodigues de toutes parts, & tout en l’accablant des plus fades complimens, en affectant