Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/331

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outrageans pour quelqu’un. Il apprit il y a peu de tems qu’un homme de lettres de sa plus ancienne connoissance, & pour lequel il avoit conserve de l’estime, ayant trop marque peut-être un reste d’affection pour lui, on l’en guérit en lui persuadant que J. J. travailloit à une critique amere de ses écrits.

Tels sont à-peu-près les ressorts qu’on a pu mettre en jeu pour allumer & fomenter cette animosité si vive & si générale dont il est l’objet, & qui, s’attachant particulièrement à sa diffamation, couvre d’un intérêt pour sa personne, le soin de l’avilir encore par cet air de saveur & de commisération. Pour moi je n’imagine que ce moyen d’expliquer les differens degrés de la haine qu’on lui porte, à proportion que ceux qui s’y livrent, sont plus dans le cas de s’appliquer les reproches qu’il fait à son siecle & à ses contemporains. Les fripons publics les intrigans les ambitieux dont il dévoile les manœuvres, les passionnes destructeurs de toute religion de toute conscience de toute liberté de toute morale, atteints plus au vis par ses censures, doivent le haïr & le haïssent en effet encore plus que ne sont les honnêtes-gens trompes. En l’entendant seulement nommer, les premiers ont peine à se contenir, & la modération qu’ils tachent d’affecter, se dément bien vite, s’ils n’ont pas besoin de masque pour assouvir leur passion. Si la haine de l’homme n’étoit que celle du vice, la proportion se renverseroit, la haine des riens de bien seroit plus marquée, les mechans seroient plus indifferens. L’observation contraire est générale frappante incontestable, & pourroit fournir bien des conséquences : contentons-nous ici de la confirmation que j’en tire, de la justesse de mon explication.