Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/333

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constituée dans tous les ages, loin de lui en savoir gré, est nourrie dans les plus odieux préjugés & dans les plus cruels sentimens à son égard. Le venin d’animosité qu’elle a suce presque avec le lait lui fait chercher à l’avilir & le déprimer avec plus de zele encore que ceux mêmes qui l’ont élevée dans ces dispositions haineuses. Voyez dans les rues & aux promenades l’infortune J. J. entoure de gens qui, moins par curiosité que par dérision, puisque la plupart l’ont déjà vu cent sois, se détournent s’arrêtent pour le fixer d’un œil qui n’a rien assurément de l’urbanité françoise : vous trouverez toujours que les plus insultans les plus moqueurs les plus acharnes sont de jeunes gens qui, d’un air ironiquement poli, s’amusent à lui donner tous les signes d’outrage & de haine qui peuvent l’affliger, sans les compromettre.

Tout cela eut été moins facile à faire dans tout autre siecle. Mais celui-ci est particulièrement un siecle haineux & malveillant par caractere. *

[*Fréron vient de mourir. On demandoit qui feroit son épitaphe. Le premier qui crachera sur sa tombe, répondit à l’instant M. M***

[Marmontel] . Quand on ne m’auroit pas nomme l’auteur de ce mot, j’aurois devine qu’il partoit d’une bouche philosophe, & qu’il étoit de ce siecle-ci.] Cet esprit cruel & méchant se fait sentir dans toutes les sociétés, dans toutes les affaires publiques, il suffit seul pour mettre à la mode, & faire briller dans le monde ceux qui se distinguent par-là. L’orgueilleux despotisme de la philosophie moderne a porte l’égoïsme de l’amour-propre à son dernier terme. Le goût qu’a pris toute la jeunesse pour une doctrine si commode, la lui a fait adopter avec fureur & prêcher avec la plus vive intolérance. Ils se sont