Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/340

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ils ne peuvent accorder tant de zele pour la vérité avec tant d’aversion pour la justice, ni tant de générosité pour celui qu’ils acculent, avec tant d’art à gauchir devant lui & se soustraire à les défenses. On peut s’abstenir de l’iniquité, sans avoir le courage de la combattre. On peut refuser d’être complice d’une trahison, sans oser démasquer les traîtres. Un homme juste, mais foible, se retire alors de la foule, reste dans son coin, & n’osant s’exposer, plaint tout bas l’opprime, craint l’oppresseur, & se tait. Qui peut savoir combien d’honnêtes gens sont dans ce cas ? ils ne se sont ni voir ni sentir : ils laissent le champ libre à vos Messieurs jusqu’a ce que le moment de parler, sans danger, arrive. Fonde sur l’opinion que j’eus toujours de la droiture naturelle du cœur humain, je crois que cela doit être. Sur quel fondement raisonnable peut-on soutenir que cela n’est pas ? Voila, Monsieur, tout ce que le puis répondre à l’unique objection à laquelle vous vous réduisez, & qu’au reste je ne me charge pas de résoudre à votre gré, ni même au mien, quoiqu’elle ne puisse ébranler la persuasion directe qu’ont produit en moi me recherches.

Je vous ai vu prêt à m’interrompre, & j’ai compris que c’étoit pour me reprocher le soin superflu de vous établir un fait dont vous convenez si bien vous-même, que vous le tournez en objection contre moi, savoir qu’il n’est pas vrai que tout le monde soit entre dans le complot. Mais remarquez qu’en paroissaut nous accorder sur ce point, nous sommes néanmoins de sentimens tout contraires, en ce que, selon vous, ceux qui ne sont pas du complot pensent sur J. J. tout