Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/350

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qu’ils appellent ses mémoires, une prise sur lui qu’ils n’ont eu garde de négliger. Cette lecture qu’il a prodiguée à tant de gens, mais dont si peu d’hommes étoient capables, & dont bien moins encore étoient dignes, à initie le public dans toutes ses foiblesses, dans toutes ses fautes les plus secrètes. L’espoir que ces confessions ne seroient vues qu’après sa mort, lui avoit donne le courage de tout dire, & de se traiter avec une justice souvent même trop rigoureuse. Quand il se vit défigure parmi les hommes au point d’y passer pour un monstre, la conscience, qui lui faisoit sentir en lui plus de bien que de mal, lui donna le courage que lui seul peut-être eut, & aura jamais de se montrer tel qu’il étoit ; il crut qu’en manifestant à plein l’intérieur de son ame, & révélant ses confessions, l’explication si franche si simple si naturelle de tout ce qu’on a pu trouver de bizarre dans sa conduite, portant avec elle son propre témoignage, seroit sentir la vérité de les déclarations & la fausseté des idées horribles & fantastiques qu’il voyoit répandre de lui, sans en pouvoir découvrir la source. Bien loin de soupçonner alors vos Messieurs, sa confiance en eux de cet homme si défiant alla, non-seulement jusqu’a leur lire cette histoire de sort ame, mais jusqu’a leur en laisser le dépôt assez long-tems. L’usage qu’ils ont fait de cette imprudence a été d’en tirer parti pour diffamer celui qui l’avoit commise, & le plus sacre dépôt de l’amitié est devenu dans leurs mains l’instrument de la trahison. Ils ont travesti ses défauts en vices, ses fautes en crimes, les foiblesses de sa jeunesse en noirceurs de son age mur : ils ont dénature les effets, quelquefois ridicules, de tout ce que la nature a mis