Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/352

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moi-même, & je conviens qu’en pareille situation, cette conduite seroit fort imprudente dans un hypocrite démasqué qui, trop heureux qu’on voulut bien feindre de prendre le change, devroit se prêter, avec une dissimulation pareille à cette feinte, & aux apparens menagemens qu’on seroit semblant d’avoir pour lui. Mais osez-vous reprocher à un homme d’honneur outrage de ne pas se conduire en coupable, & de n’avoir pas dans ses infortunes la lâcheté d’un vil scélérat ? De quel œil voulez-vous qu’il envisage les perfides empressemens traîtres qui l’obsédant, & qui tout en affectant le plus pur zele, n’ont en effet d’autre but que de l’enlacer de plus en plus dans les piégés de ceux qui les employent ? Il faudroit pour les accueillir qu’il fut en effet tel qu’ils le supposent ; il faudroit qu’aussi fourbe qu’eux & feignant de ne les pas pénétrer, il leur rendit trahison pour trahison. Tout son crime est d’être aussi franc qu’ils sont faux : mais après tout, que leur importe qu’il les reçoive bien ou mal ? Les signes les plus manifestes de son impatience ou de son dédain n’ont rien qui les rebute. Il les outrageroit ouvertement qu’ils ne s’en iroient pas pour cela. Tous de concert laissant à sa porte, les sentiment d’honneur qu’ils peuvent avoir, ne lui montrent qu’insensibilité, duplicité, lâcheté, perfidie, & sont auprès de lui comme il devroit être auprès d’eux, s’il étoit tel qu’ils le représentent ; & comment voulez-vous qu’il leur montre une estime qu’ils ont pris si grand soin de ne lui pas laisser ? Je conviens que le mépris d’un homme qu’on méprise soi-même est facile à supporter : mais encore n’est-ce pas chez lui qu’il faut aller en chercher les marques. Malgré tout ce patelinage insidieux,