Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/355

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qu’ils prennent en lui parlant, les fades louanges qu’ils lui donnent, le patelinage qu’ils y joignent, le fiel qu’ils ne peuvent s’abstenir d’y mêler, tout décelé en eux de petits histrions grimaciers qui ne savent ou ne daignent pas mieux jouer leur rôle. Les lettres qu’il reçoit ne sont avec des lieux communs de college & des leçons bien magistrales sur ses devoirs envers ceux qui les écrivent, que de sottes déclamations contre les Grands & les riches par lesquelles on croit bien le leurrer, d’amers sarcasmes sur tous les états, d’aigres reproches à la fortune de priver un grand homme comme l’auteur de la lettre, & par compagnie, l’autre grand homme à qui elle s’adresse, des honneurs & des biens qui leur étoient dus, pour les prodiguer aux indignes ; des preuves tirées de-la, qu’il n’existe point de providence, de pathétiques déclarations de la prompte assistance dont on a besoin, suivies de fières protestations de n’en vouloir néanmoins aucune. Le tout finit d’ordinaire par la confidence de la ferme résolution ou l’on est de se tuer, & par l’avis que cette résolution sera mise en exécution sonica si l’on ne reçoit bien vite une réponse satisfaisante à la lettre.

Après avoir été plusieurs fois très-sottement la dupe de ces menaçans suicides, il a fini par se moquer & d’eux & de sa propre bêtise. Mais quand ils n’ont plus trouve la facilite de s’introduire avec ce pathos, ils ont bientôt repris leur allure naturelle, & substitue, pour forcer sa porte, la férocité des tigres à la flexibilité des serpens. Il faut avoir vu les assauts que sa femme est forcée de soutenir sans cesse, les injures & les outrages qu’elle essuye journellement de tous ces humbles