Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/360

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dans le public la justice de les avoir remplis ? Ce ne seroit pas lui-même, à moins qu’il n’y mit cette ostentation philosophique qui gâte l’œuvre par le motif. Ce ne seroit pas ceux envers qui il les auroit remplis, qui deviennent, si-tôt qu’ils l’approchent, ministres & créatures de vos Messieurs ; ce seroit encore moins vos Messieurs eux-mêmes, non moins zélés à cacher le bien qu’il pourroit chercher à faire, qu’a publier à grand bruit celui qu’ils disent lui faire en secret. En lui faisant des devoirs à leur mode pour le blâmer de ne les pas remplir, ils tairoient les véritables qu’il auroit remplis de tout son cœur, & lui feroient le même reproche avec le même succès ; ce reproche ne prouve donc rien. le remarque seulement qu’il était bienfaisant & bon quand livre sans gêne à son naturel, il suivoit en toute liberté les penchans ; & maintenant qu’il se sent entrave de mille piégés, entoure d’espions, de mouches, de surveillans ; maintenant qu’il ne sait pas dire un mot qui ne soit recueilli, ne pas faire un mouvement qui ne soit note, c’est ce tems qu’il choisit pour lever le masque de l’hypocrisie & se livrer à cette dureté tardive, à tous ces petits larcins de bandits dont l’accuse aujourd’hui le public ! Convenez que voila un hypocrite bien bête & un trompeur bien mal-adroit. Quand je n’aurois rien vu par moi-même, cette seule réflexion me rendroit suspecte la réputation qu’on lui donne à présent. Il en est de tout ceci comme des revenus qu’on lui prodigue avec tant de magnificence. Ne faudroit-il pas dans sa position qu’il fut plus qu’imbécile pour tenter, s’ils étoient réels, d’en derober un moment la connoissance au public.