Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/365

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la vie si douloureuse qu’il ne la puisse plus endurer. En un mot, en lui portant à la fois toutes les atteintes qu’ils savoient lui être les plus sensibles, sans qu’il puisse en parer aucune, & ne lui laissant qu’un seul moyen de s’y derober, il est clair qu’ils l’ont voulu forcer à le prendre. Mais ils ont tout calcule sans doute, hors la ressource de l’innocence & de la résignation. Malgré l’age & l’adversité, sa santé s’est raffermie & se maintient : le calme de son ame semble le rajeunir ; quoiqu’il ne lui reste plus d’espérance parmi les hommes, il ne fut jamais plus loin du désespoir.

J’ai jette sur vos objections & vos doutes l’éclaircissement qui dependoit de moi. Cet éclaircissement, je le répete, n’en peut dissiper l’obscurité, même à mes yeux ; car la réunion de toutes ces causes est trop au-dessous de l’effet ; pour qu’il n’ait pas quelque autre cause encore plus puissante, qu’il m’est impossible d’imaginer. Mais je ne trouverois rien du tout à vous répondre que je n’en resterois pas moins dans mon sentiment, non par un entêtement ridicule ; mais parce que j’y vois moins d’intermédiaires entre moi & le personnage juge, & que de tous les yeux auxquels il faut que je m’en rapporte, ceux dont j’ai le moins à me défier sont les miens. On nous prouve, j’en conviens, des choses que je n’ai pu vérifier, & qui me tiendroient peut-être encore en doute, si l’on ne prouvoit tout aussi bien beaucoup d’autres choses que je sais très-certainement être fausses ; & quelle autorité peut rester pour être crus en aucune chose à ceux qui savent donner au mensonge tous les signes de la vérité ? Au reste, souvenez-vous que je ne prétends point ici que mon jugement fasse autorité