Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/388

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J’attendois avec empressement l’histoire de vos observations pour savoir à quoi m’en tenir sur le compte de notre homme ; car, déjà flottant sur le jugement que, fonde sur tant de preuves, j’en portois auparavant, inquiet depuis notre entretien, je l’étois devenu davantage encore depuis que mes lectures m’avoient convaincu de la mauvaise soi de nos Messieurs. Ne pouvant plus les estimer, faloit-il donc n’estimer personne & ne trouver par-tout que des mechans ? Je sentois peu-a-peu germer en moi le désir que J. J. n’en fut pas un. Se sentir seul plein de bons sentimens & ne trouver personne qui les partage est un état trop cruel. On est alors tente de se croire la dupe de son propre cœur, & de prendre la,vertu pour une chimere.

Le récit de ce que vous aviez vu me frappa. J’y trouvai si peu de rapport avec les relations des autres,, que, force d’opter pour l’exclusion, je penchois à la donner tout-a-fait à ceux pour qui j’avois déjà perdu toute estime. La force même de leurs preuves me retenoit moins. Les ayant trouves trompeurs en tant de choses, je commençai de croire qu’ils pouvoient bien l’être en tout, & à me familiariser avec l’idée qui n’avoit paru jusqu’alors si ridicule de J. J. innocent & persécute. Il faloit, il est vrai, supposer dans un pareil tissu d’impostures un art & des prestiges qui me sembloient inconcevables. Mais je trouvois encore plus d’absurdités entassées dans l’obstination de mon premier sentiment.

Avant néanmoins de me décider tout-a-fait, je résolus de relire ses écrits avec plus de suite & d’attention que je n’avois fait jusqu’alors. J’y avois trouve des idées & des maximes